......Ces éléments (corps physique,
corps éthérique, corps astral et Moi) ne constituent pas encore la
totalité de la nature humaine. Déjà lors de sa toute première
incarnation sur terre l'homme possédait ces éléments; or le passage à
travers les différentes incarnations implique un progrès, un
développement. Ce progrès consiste dans le fait que l’homme, à partir de
son Moi, travaille à transformer ses trois corps inférieurs. Si l’on
considère un homme, qui, dans un passé très lointain, en est à sa
première incarnation, con constate qu’il est l’esclave de ses passions,
de ses convoitises; il possède bien ses quatre corps y compris le Moi,
mais sa conduite ne se distingue guère de celle d’un animal. Si nous
comparons cet être à un homme pénétré d’un idéal élevé, nous verrons que
le premier, le sauvage, ne s’est pas encore efforcé, à partir de son
Moi, de purifier son corps astral. C’est, en effet, dans ce travail sur
le corps astral que consiste le premier progrès de l’évolution humaine.
Peu à peu, l’homme apprend à maîtriser certaines tendances originelles
du corps astral. Actuellement, l’Européen moyen considère que, s’il peut
donner libre cours à certains instincts, il en est d’autres auxquels il
se doit de résister. Nous appelons « Soi-Esprit » cette partie
originelle du corps astral que l’homme a placée sous la domination de
son Moi; on l’a aussi appelée le Manas. Ce Manas est donc le produit
d’une métamorphose du corps astral; mais une nouvelle disposition ou
ordonnance des éléments de ce corps peut donner naissance au Manas.
En
outre, l’homme, au cours de son évolution, peut acquérir la faculté de
travailler non seulement à son corps astral, mais aussi à son corps
éthérique. Essayons de nous rendre compte en quoi consiste cette
dernière faculté. Si l’on se rappelle quel était notre bagage
intellectuel quand nous avions huit ans, et que l’on considère tout ce
que nous y avons ajouté depuis, toutes les idées morales, par exemple,
dont nous nous sommes pénétrés, nous pourrions nous attendre à ne plus
nous laisser aller aveuglément à nos passions. Et pourtant ! Admettons,
par exemple, que nous avons été un enfant sujet à des accès de colère,
et demandons-nous dans quelle mesure nous nous sommes corrigés; il nous
faudra bien avouer que parfois nous nous emportons encore. Ou encore
essayons de nous représenter combien peu nous avons réussi à améliorer
notre mémoire, dans quelle infime mesure l’homme arrive à modifier les
mauvaises dispositions de son caractère, à éclairer sa conscience, à
transformer son tempérament. J’ai souvent comparé ces velléités et ces
bonnes intentions à la lente progression de l’aiguille du cadran qui
marque les heures. Mais c’est en cela justement que consiste
l’initiation de l’élève. L'étude n'est qu'une simple préparation; il est
infiniment plus important d'essayer de modifier son tempérament
déficient. Si, d'une mémoire faible, on en fait une bonne, si la colère
est devenu patience, si on a transformé en sérénité son tempérament
mélancolique, on a fait plus de progrès dans la voie de l'initiation que
si on a passé sa vie à enrichir son savoir. De pareils efforts sont une
source de forces occultes et nous indiquent que le Moi travaille au
corps éthérique et non seulement au corps astral.
Pour autant que
les dispositions du caractère se font jour dans la conduite de l’homme,
il les faut chercher dans le corps astral, mais il faut descendre
jusqu’au corps éthérique si l’on veut les modifier ou les corriger. La
part du corps éthérique que le Moi a métamorphosée prend le nom d’
« Esprit-de-vie », que l’on trouve sous le nom de Bouddhi dans la
littérature théosophique. La substance de Bouddhi n’est pas autre chose
que la partie du corps éthérique transformée par le Moi.
Quand le
Moi devient si fort qu’il apprend à transformer non seulement le corps
éthérique, mais encore le corps physique le plus dense de la nature
humaine, alors nous disons que l’homme a développé en lui l’élément le
plus élevé de sa nature actuelle, qu’on appelle l’Homme-Esprit ou Atma.
En effet, ce corps physique est ainsi fait que les forces qui l’animent
tirent leur origine du plus haut des mondes; aussi est-ce dans ces
hautes régions spirituelles qu’il faut aller chercher les forces aptes à
la métamorphoser. On commence cette métamorphose en modifiant le
processus de la respiration. Atma signifie respiration. Par là, on
influence sur l’état du sang et, comme le sang nourrit le corps
physique, le travail effectué sur ce qu’on appelle l’Arma a sa
répercussion jusque sur le monde spirituel le plus élevé.
Il faut
cependant distinguer entre deux formes de métamorphose, ou, plus
exactement, l’on parlera d’une métamorphose consciente et d’une
métamorphose inconsciente. En fait, chaque Européen a déjà, à l’époque
actuelle, transformé inconsciemment les corps inférieurs de sa nature.
Au point actuel de son évolution, il ne travaille consciemment qu’à
l’élaboration de Manas, et il doit d’abord devenir un initié, s’il veut
apprendre à agir en pleine conscience sur le corps éthérique.
Nous
avons donc les trois corps originels de la nature humaine que tout
homme a déjà possédés au début de l’évolution terrestre, et, dans ces
corps, le Moi. Puis la métamorphose commence. Longtemps elle reste
inconsciente, et ce n’est qu’à notre époque que l’humanité s’astreint à
transformer le corps astral consciemment. Les initiés travaillent
aujourd’hui au corps éthérique et, dans l’avenir, tous les hommes
transformeront les corps éthérique et physique en pleine conscience.
Ainsi,
nous avons les trois corps originels de l’homme : les corps physique,
éthérique, astral, et le Moi. Le Moi est l’élément actif de ces
métamorphoses, il s’attaque d’abord aux corps inférieurs, ce qui,
partiellement, est déjà chose faite pour l’homme actuel. De ce travail
inconscient naissent les germes des éléments supérieurs : Manas,
Bouddhi, Atma.
Extrait de:
Théosophie du Rose-Croix.
Deuxième conférence : « Les neuf éléments de l’entité humaine »
Munich, 25 mai 1907